Le chantier de relance du PRDF est la priorité des prochains mois et les partenaires sociaux ont été identifiés par la Région comme interlocuteurs nécessaires, au-delà du dialogue normal et bilatéral avec l’Etat.
Avec cette notion de dialogue social régional, il s’agit d’identifier deux conditions de mise en œuvre, complémentaires mais distinctes : la collaboration avec les partenaires sociaux est à la fois un moyen d’élaboration du PRDF, dans un contexte politique de réforme de la FP mouvant, mais aussi une finalité propre pour la Région. A ce stade de la réflexion, plusieurs questions se posent comme autant d’enjeux de méthode.
Problématique
Des acteurs constitués : les instances régionales du dialogue social
Les différentes instances paritaires, tripartites ou quadripartites, avec lesquelles la Région a noué des relations plus ou moins étroites et productives, doivent être un élément central de cette démarche. Comment en effet associer le CCREFP, les CAEN, la COPIRE, le CESR, voire le CRPRP aux groupes de travail que la Région va mettre en place ? Chacune de ces instances est d’ores et déjà en lien avec la Région sur des chantiers et des thématiques plus larges ou différentes du seul PRDF.
Or, sans entrer dans une analyse précise du fonctionnement de chacune de ces instances, le constat assez généralement partagé est celui d’une redynamisation nécessaire des relations que la Région entretient avec elles. Cet objectif est explicitement affiché pour le CCREFP, plus implicite pour la COPIRE, les CAEN s’inscrivant quant à eux dans un champ précis (Education Nationale) qui échappe partiellement aux compétences de la Région.
Un dialogue direct
Au-delà de ces instances « constituées », il existe d’autres modes de travail avec les partenaires sociaux, fondées sur une approche directe très conceptualisée : les comités de pilotage ou de suivi des accords cadre sont récemment devenus quadripartites, pour chaque secteur d’activité concerné par un AC. La nécessité d’associer les syndicats de salariés en tant que tels a été formalisée en 2007 avec l’accord sur les métiers de la Culture, dont les négociations se sont déroulées pendant la crise nationale sur le régime social des « intermittents », et le bénéfice du quadripartisme est devenu la règle pour les autres accords, jusque là engagés dans un dialogue classiquement tripartite (Etat-Région-Fédération professionnelle).
Pour autant, s’il était assez aisé de repérer les interlocuteurs patronaux (l’existence de fédérations professionnelles « historiques » a d’ailleurs largement conditionné le choix initial des secteurs d’activité sur lesquels engager une négociation, ce qui explique la prépondérance de l’industrie dans la première génération des accords), la désignation des représentants salariés a posé un certain nombre de questions :
- la structuration régionale des syndicats est très hétérogène (union régionale interprofessionnelle ou assimilée pour les uns, représentation régionale sectorielle pour les autres, dans tous les cas, difficulté à identifier une tête de réseau régionale),
- la démarche régionale a souffert d’imprécision quant au choix des syndicats à associer :
- les cinq confédérations représentatives au plan national ?
- les huit syndicats « soutenus » inconditionnellement par la Région ?
- les sept syndicats traditionnellement associés aux instances régionales citées supra CCREFP notamment) ?
- l’articulation de cette représentation directe des salariés dans les accords cadre reste parfois à articuler avec l’expression du paritarisme de branche (CPREF).
Cette méthode, encore plus intuitive que raisonnée, du dialogue social direct avec les représentants des employeurs et des salariés dans les AC s’intègre donc, mais sans doute ponctuellement, à la démarche plus globale que la Région souhaite instaurer avec les partenaires sociaux : de cette démarche, il faut retenir qu’elle doit être attentive aux différents niveaux de la négociation ou du dialogue, interprofessionnel ou sectoriel, et ne pas négliger les éventuels parasitages entre ces deux niveaux.
Dialogue social et territoire : d’autres acteurs à repérer
Si le dialogue social régional est aussi une finalité propre du PRDF, c’est que les différentes politiques régionales viennent mailler les territoires au travers des COTEF. Or, les représentants du monde économique ou du monde du travail ne sont que trop rarement présents et impliqués dans ces instances de « démocratie participative). A cela, sans doute plusieurs raisons, mais l’une d’entre elle tient dans la difficulté à assurer le lien, pour les organisations syndicales et professionnelles, entre l’échelon régional et celui du territoire. Déjà constaté à l’occasion du « portage territorial » des conventions d’application des accords cadres, cet élément sera aussi un des enjeux de la démarche du PRDF : la cohérence propre d’un territoire implique d’identifier des acteurs (issus des entreprises et non pas seulement des fédérations ou des syndicats) sans doute partiellement différents de ceux qui sont légitimes au niveau régional.
A cela s’ajoute le phénomène propre au tissu économique de la région – identique ou presque au niveau national – constitué d’entreprises dans lesquelles la représentation salariée est faible (majorité de PME-TPE < 50 salariés, souvent à 10). Cet élément pose d’ailleurs, à rebours, la question de la légitimité d’un dialogue social régional qui, fondé sur les seuls partenaires sociaux, exclut de facto 85 à 90 % des entreprises de la région.
Comment alors créer les conditions d’un dialogue social territorial, quand les partenaires sociaux, surtout salariés, sont en tant que tels, absents ? Une piste possible, encore que complexe dans son exécution, relève de la définition d’un « dialogue civil », complémentaire du dialogue social : les réseaux associatifs issus de la société civile, peuvent devenir un interlocuteur territorial fortement associé à la démarche de la Région.
Au final, c’est toute la question de l’affirmation du niveau régional, face au niveau national, qui se pose, non sans lien avec le débat sur la représentativité qui anime en ce moment la sphère paritaire.